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Le transporteur maritime taïwanais de conteneurs a un sens prononcé pour les anniversaires. Un an après avoir subi l’échouement de l’Ever Given dans le canal de Suez, qui a créé un embouteillage massif impliquant plus de 400 navires, il doit procéder à un autre renflouement. L’Ever Forward s’est échoué le 13 mars dans la baie de Chesapeake, peu après avoir quitté Baltimore.

Le transporteur taïwanais Evergreen est abonné aux échouements à date fixe. Il y a un an, à quelques jours près, le 23 mars 2021, il allait créer un événement au retentissement planétaire lorsque le bulbe d’étrave de l’Ever Given, un porte-conteneur de 400 m et d’une capacité de plus de 20 000 EVP, s’est encastré dans la rive sablonneuse du Canal de Suez. L’incident, probablement causé par un arrêt moteur en raison des conditions météorologiques, va créer un engorgement monstrueux aux deux extrémités de la voie de passage essentielle au transit du fret entre Asie et l’Europe. Plus de 400 navires et entre 25 et 30 Mt de marchandises ont ainsi été bloqués pendant près d’une semaine. La suite est connue. L’incident aura une grande part de responsabilité dans les perturbations et la congestion portuaire que le monde éprouve aujourd’hui.  

Pas de pollution, pas de blessés

Cette fois, il s'agit du porte-conteneurs Ever Forward, un porte-conteneurs long de 334 m et d’une capacité de 11 112 EVP. De construction récente (2020), immatriculé à Hong Kong, le navire s'est échoué le 13 mars vers 21 h, dans la baie de Chesapeake, au large de l’île Gibson, peu après avoir quitté Baltimore, dans le Maryland. Il naviguait à une vitesse entre 8 et 13 noeuds.

Le navire se dirigeait vers Norfolk, en Virginie, où il était annoncé pour le 17 mars. « L'échouement du navire n'empêche pas d'autres navires de transiter vers le port de Baltimore », précise le directeur exécutif de l'autorité portuaire, William Doyle, dans le communiqué. Il ne bloque pas non plus le canal de Craighill mais les autorités portuaires ont toutefois recommandé aux navires de modifier leur itinéraire le temps que la remise à flot opérée par les garde-côtes américains soit achevée. 

La structure de la coque n’a été touchée. Il n’y a ni blessés ni traces de pollution, a-t-il été indiqué. L’enquête devra déterminer les causes de l’incident mais le programme de navigation s’en trouve naturellement modifié.

Un bras de fer interminable

L’événement reste mineur au regard de la mésaventure de l’Ever Given. Les opérations pour le dégager de la voie passage qu’il obstruait sur toute la largeur avaient duré six jours. Il avait ensuite été conduit sur un petit lac voisin, où il est devenu l’enjeu d’un bras de fer entre, d’un côté, le propriétaire, l’exploitant du navire et ses assureurs et de l’autre, le gestionnaire du canal de Suez, qui exigeait 900 M$ de dommages et intérêts. La somme sera ensuite ramenée à 550 M$ sans que le montant finalement convenu ne soit connu.

Il faudra plus de 100 jours pour que le porte-conteneurs puisse être libéré. Il restera sans doute le porte-conteneurs le plus célèbre de l’histoire du conteneur pour avoir bloqué le principale voie de navigation mondiale  et réalisé le transit-time le plus long entre l’Asie et l’Europe. Même les temps de retards actuellement enregistrés par les porte-conteneurs, du fait des engorgements critiques des grands ports mondiaux, n’égaleront pas la durée de traversée du « navire géant », comme l’a appelé la presse généraliste.

Adeline Descamps