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Deux ONG viennent de publier un rapport sur la réalité des émissions de CO2 générées par les importations maritimes des plus grands détaillants américains. Stigmatisant, il met surtout en évidence le coût environnemental généré par les délocalisations des fabrications. Il va sans doute accentuer la pression sur les compagnies maritimes, déjà prises à partie par des chargeurs, eux-mêmes sommés de minimiser leur empreinte environnementale. 

Une marque ou une enseigne pourrait-elle voir son image abîmée par les émissions de CO2 générées par ses imports et exports ? Telle était bien l’intention de deux ONG environnementales, Pacific Environment et Stand.earth, en mandatant un rapport sur les pratiques des détaillants américains en la matière. « Nous avons voulu améliorer la compréhension et la surveillance par le public de la responsabilité des entreprises en matière d’émissions générées par le transport maritime », indique clairement les deux porteurs du projet. 

Le rapport intitulé Shady Ships dresse la liste de grands noms du secteur de la distribution dont le fret ne serait pas transporté de manière vertueuse. Ikea, Amazon, Samsung, LG, Nike, Walmart… sont ainsi épinglés. Outre les grands distributeurs, il pointe aussi le doigt accusateur vers Dole et Chiquita, comme étant des « pollueurs à l'importation ».


« C’est la première étude qui quantifie les impacts sur l'environnement et la santé publique ainsi que la dépendance de certains des plus grands détaillants américains à la fabrication à l'étranger, vantent les auteurs du document. Le transport maritime au long cours est si bon marché qu'il aide à justifier la production de biens à l'étranger », déplorent-ils. 

Niveaux probablement en deçà de la réalité

Pour cette analyse, les deux ONG ont fait appel à University Maritime Advisory Services (UMAS), qui a notamment dirigé les inventaires sur les émissions de gaz à effet de serre pour l’OMI. Les chercheurs ont obtenu l'accès à un ensemble de déclarations de marchandises et de connaissements (BoL) pour les voyages d'importation et d'exportation aux États-Unis de l’année 2019 et ont croisé ces données avec les spécifications techniques des navires, des données AIS, etc. Ils ont ainsi pu estimer la pollution associée à chaque unité de fret et ensuite restituer ces émissions à leurs détaillants. 

En raison de quelques limites, « les niveaux d'émissions dévoilés dans ce rapport sont probablement inférieures aux émissions réelles de ces entreprises. » Par exemple, les analystes n'ont pu attribuer des émissions qu'à environ 15 % des conteneurs expédiés en Europe par Amazon. Faute de transparence sur certains jeux de datas, ils estiment qu’un peu plus d'un cinquième des transports conteneurisés des détaillants leur échappe.

Walmart en tête 

Selon ce rapport, les quinze premiers pollueurs totalisent 12,7 Mt de CO2 pour environ 960 000 EVP transportés, Walmart en tête de liste avec 3,7 Mt par an. 

« Ces quinze géants de la distribution ont émis autant que trois centrales à charbon ou que 1,5 million de foyers américains. » Et les auteurs de multiplier les comparaisons qui ont le mérite de parler au grand public mais à la pertinence contestable et nuisant à la crédibilité de l’ensemble.

« Ils ont émis autant d'oxydes de soufre (SOx) que les 2 milliards de de camions et de voitures, ont produit autant d’oxydes d’azote (NOx) que 27,4 millions de voitures et de camions ».

Acceptabilité sociale

Un sondage mandaté en octobre dernier par Pacific Environnent et confié aux universités de Yale, George Mason et Climate Nexus, avait tendance à montrer que le consommateur était prêt à payer pour ses convictions vertes. 74 % des consommateurs américains se montraient plus enclins à faire leurs achats auprès d'entreprises qui utilisent des moyens de transport plus propres. 70 % des personnes assuraient qu’elles continueraient à faire leurs achats auprès de ces marques même si le recours à des navires propres augmentait le prix de leurs marchandises (Maersk estime que la décarbonisation du transport maritime n'ajoutera « que » 6 cents à une paire de baskets à 100 $). 

Plus aucune excuse

« Nageant dans les bénéfices, les grandes compagnies maritimes n'ont aucune excuse pour ne pas investir dans un transport maritime plus propre ou dans des technologies d’appoint sur les navires existants, comme celles exploitant la propulsion vélique, qui peuvent réduire jusqu'à 30 % les émissions de gaz à effet de serre par voyage et de 8 à 10 % par an », soutient le document.

Les ONG considèrent par ailleurs « qu’il n'y a jamais eu de meilleur moment pour se doter de navires zéro émission, pour lesquels les principales technologies de moteurs devraient être prêtes d'ici 2024 », se prévalant des déclarations des « principaux fabricants de moteurs ».

Acte militant 

Le rapport s'inscrit par ailleurs dans le cadre de la campagne Ship it Zero, qui invite les importateurs à boycotter les navires propulsés aux énergies fossiles et à s'engager à utiliser les premiers navires à émissions nulles. 

Une des entreprises figurant sur la liste, Ikea, a annoncé son ambition de réduire ses émissions de carbone sur ses transports de longue distance, y compris le transport maritime, de 70 % d'ici à 2023 par rapport aux niveaux de 2017. 

De leur côté, certaines compagnies maritime ont développé une offre de services et gamme d’outils qui permettent à leurs clients de choisir un transport moins carboné. C’est le cas de CMA CGM avec son biométhane en garantie d’origine et son offre ACT with CMA CGM+ qui propose à ses clients d'utiliser le gaz vert dit renouvelable et ainsi « d’améliorer leur performance environnementale ».

« En choisissant cette solution, les clients pourront réduire d'au moins 67 % les émissions de CO2, en well-to-wake (chaîne de valeur complète), du transport de leurs marchandises et soutiendront le développement de cette énergie non fossile », plaide l’armateur français dans son argument de vente.

A.D.