Alors que le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel se retrouvent ce mercredi 16 octobre à Toulouse, une taxe sur les carburants dans les transports aérien et maritime pourrait être un sujet. Les représentants politiques doivent rejoindre en fin de journée la Table ronde des industriels européens, groupe de lobbying des plus grandes entreprises européennes. Le patron de Maersk y est attendu.

Une taxe européenne sur les carburants pour les navires s’invitera-t-elle au menu des rencontres prévues en marge des échanges entre Emmanuel Macron et Angela Merkel ce mercredi 16 octobre à Toulouse ? Le premier conseil des ministres franco-allemand de l’année, qui vise un alignement des lignes en vue du sommet européen de jeudi 17 et vendredi 18 octobre, se déroule alors qu’un accord sur le Brexit est attendu et que des tensions se font sentir en Syrie suite à l’offensive turque. Mais au cours de cette rencontre au sommet de tous les présidents européens, il sera aussi question de politique industrielle.

Dans la ville rose, le chef d’État et la chancelière, accompagnés d’une dizaine de membres de leur gouvernement, sont notamment attendus au siège du groupe Airbus pour visiter la chaîne de montage des A350. Ursula von der Leyen, la future présidente de la Commission, doit les rejoindre en fin de journée pour un dîner avec la Table ronde des industriels européens (European Round Table), groupe de lobbying auprès des institutions européennes qui rassemble les 49 plus grandes entreprises européennes, dont font partie A.P. Møller-Mærsk et Mol pour la partie maritime.

Hier, mardi 15 octobre, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire envisageait l’instauration d’une taxe européenne sur les carburants des avions et des bateaux. Dans un discours prononcé à Bercy pour présenter son « pacte productif », il a estimé qu'il était « incompréhensible que des objectifs d'émissions carbone aient été fixés pour nos voitures et qu'aucun objectif n'ait été fixé pour les avions ou les bateaux ».

L’idée d’une taxe « carbone » n’est pas nouvelle. Elle semble même avoir les faveurs du nouveau commissaire européen en charge notamment des questions climatiques, qui déclarait récemment que « le transport maritime devrait être concerné par une taxe carbone ». En mai dernier, la Commission européenne avait commandé une étude qui préconisait de taxer le kérosène (des avions) à hauteur de 33 centimes d'euros par litre. Toutefois, au niveau européen, pour toute réforme fiscale, il faut l'unanimité des pays. Aussi toutes les règles concernant le transport maritime se décident au niveau international via l'organisation maritime internationale

Soren Skou à Toulouse

Les transporteurs maritimes semblent se préparer à l'idée d'une taxation ou plutôt ils sont conscients que, dans un contexte où les questions climatiques ont pris le pas sur le reste, une exception fiscale de ce genre n'est pas du meilleur effet. Publiquement ou officiellement, ils ont eu l'occasion de dire ces derniers temps qu'ils s’attendaient à ce que cela soit même « la prochaine restriction émise par l’OMI », une fois l'IMO 2020 sur les rails le 1er janvier 2020.

Quoi qu’il en soit, à l’occasion des échanges de l’ERT, auxquels doit participer Soren Skou, le patron de Maersk, n°1 mondial du transport maritime conteneurisé, le sujet devrait être soulevé, les échanges portant sur l’innovation.

Le président français s’est illustré à plusieurs reprises ces derniers mois sur le transport maritime, créant quelque peu la surprise à la veille du sommet du G7 à Biarritz au sortie de l’été, en s’improvisant tête de proue d’un transport maritime qu’il voulait vert. Il déclarait alors « très solennellement, pour la première fois, avec les compagnies maritimes, nous nous engageons en faveur de la limitation de vitesse ». Le sujet sera à l’ordre du jour de la prochaine session technique de l’OMI alors qu’un faux débat et vraie polémique – limitation de vitesse ou limitation de la puissance des moteurs – bruit dans les arrière-cuisine et divise les institutions maritimes (Bimco, ICS...). Le Premier ministre norvégien avait lui aussi insisté, dans son discours d'ouverture de Nor-Shipping en juin, sur la nécessité d’accélérer sur la décarbonation du transport maritime.

Adeline Descamps