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Résultant des injonctions chinoises ou pas, les trois grandes alliances des lignes Est-Ouest ont remis des EVP sur le marché en rétablissant les traversées qu’elles avaient supprimées. Reste à savoir si elles vont aussi revenir sur leurs tarifs. Conformément à la demande des autorités de la concurrence qui s’inquiétaient aussi de la flambée des taux. 

Si tant est qu’il y ait eu menace d'une intervention réglementaire de la part des autorités de régulation chinoise, elle aurait alors plutôt bien fonctionné. Quelques jours à peine après avoir été reçus par le ministère chinois des Transports et des Communications pour une « réunion spéciale » au cours de laquelle elles ont été invitées à s’expliquer, les alliances opérant sur la route transpacifique ont rétabli des services.

Invitées à s’expliquer sur… Excepté les acteurs du huis clos, remarquablement silencieux, personne ne connaît vraiment l’ordre du jour ni la nature ou la vigueur de la mise au point : invitation à la modération ou véritable coup de semonce. Ni à quel type de demande ont été soumis les transporteurs.

Certains prétendent que les autorités leur auraient demandé d'arrêter les GRI (General rate increase) et de rétablir les traversées supprimées dans la période correspondant à la Golden Week, cette semaine de jours fériés en Chine du 1er au 7 octobre. D’autres ont rapporté que Pékin aurait juste demandé d'augmenter les capacités sur la voie commerciale et d'atténuer les hausses de prix. Des rumeurs persistantes prêtent à la Chine des mesures plus radicales : stopper les augmentations des taux de fret entre la Chine et les États-Unis.

Les transporteurs de la ligne régulière convoqués par le ministère chinois des Transports

Fièvre et emballement

Que ce soit le Freightos Baltic Daily ou l’indice hebdomadaire du fret conteneurisé de Shanghai (SCFI), les taux approchent dangereusement les 4 000 $/EVP entre l’Asie et de la côte ouest des États-Unis. L’emballement dans les prix de transport se produit alors que la demande est affectée par la récession économique mondiale.

Alertées par les chargeurs, les autorités de régulation s’en sont inquiétées, d’autant que la flambée des tarifs intervient dans le contexte particulier de la crise sanitaire. Pour s’ajuster à la demande déprimée, les transporteurs ont contenu leur offre en supprimant des traversées, privilégiant la rentabilité à la course au remplissage des navires. Cette stratégie – habileté à utiliser leur capacité et maintien des prix à un niveau élevé – s’est avérée payante puisque les principaux transporteurs, excepté un ou deux, ont réalisé au cours du semestre de substantiels bénéfices. « Heureusement pour elles, sinon il n'y aurait plus beaucoup de compagnies maritimes », rappellent la plupart des analystes.

Mais cela n’empêche pas de réveiller de vieux contentieux jamais soldés entre les chargeurs et les transporteurs : des soupçons de collusion commerciale. Les chargeurs sont naturellement sceptiques lorsque les prix augmentent en centaines de dollars semaine après semaine. En même temps, ces dernières semaines, la demande réelle a dépassé l'offre. Les taux de fret ont donc aussi logiquement grimpé en flèche. 

Les derniers taux au comptant publiés par le Shanghai Containerised Freight Index (SCFI) indiquent que la fièvre, qui s’est emparée des principaux axes commerciaux transpacifiques, gagne à présent les lignes entre Shanghai et la côte est de l'Amérique latine. Les tarifs entre Shanghai et Santos, le port le plus important du Brésil, ont augmenté de 26 %, soit 745 $, pour atteindre 3 646 $/EVP. Les tarifs de Shanghai vers l'Afrique de l'Ouest se fixent également à des niveaux records.

Conteneurs : l'affaire transpacifique

Huit semaines de hausse

Cosco et OOCL (membres de Ocean Alliance) ont été les premiers à suivre à la lettre les recommandations de l’administration chinoise en rétablissant six traversées précédemment annulées. Maersk, partenaire de MSC dans 2M, a également fait part, quelques heures après la tenue de la rencontre, de son intention de rétablir le mois prochain les navigations supprimées vers la côte ouest de l'Amérique du Nord. La compagnie danoise a précisé dans une note à ses clients qu’elle « s’attendait à de forts volumes d'importation en Amérique du Nord au moins jusqu'en novembre.»

Dans une note à sa clientèle, Hapag-Lloyd, membre de THE Alliance, a indiqué qu'elle allait restaurer des traversées, sauf cinq, sur la côte ouest le mois prochain. En attendant, les chargeurs vont sans doute devoir composer avec un environnement de prix extrêmement volatil jusqu’à la fin de l’année alors qu'ils viennent d'encaisser, au départ de Shanghai, huit semaines consécutives de hausse vers un bon nombre de destinations.

Paul Tourret : « La ligne régulière est devenue extrêmement volatile »

Côté compagnies, tout indique que le secteur américain de la vente au détail devrait bientôt reconstituer ses stocks, leurs niveaux étant tombés extrêmement bas avec la crise du coronavirus. « Cela augmentera la demande de transport par conteneurs vers les États-Unis. C'est une bonne nouvelle pour les compagnies de la ligne régulière », indiquent les analystes de Sea-Intelligence, qui rappellent que les ratios stocks/ventes au détail ont chuté bien plus que pendant la crise financière. Toutefois, Sea-Intelligence estime qu'un « éventuel boom » déclenché par le réapprovisionnement des stocks ne serait qu’éphémère.

Réactivation de la guerre des taux ? Drewry n’y croit pas. « Nous pensons que les transporteurs, de manière générale, restent axés sur les profits plutôt que sur les parts de marché et qu'ils continueront à le faire jusqu'à ce que la pandémie ait atteint son paroxysme. »

Adeline Descamps

La demande de la région transpacifique échappe à tout entendement

 

 

 

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