Paddy Crumlin, le président de l'ITF, fédération syndicale internationale des gens de mer. ©DR

 

Une soixantaine de navires sont toujours bloqués au large des côtes chinoises en raison des différends commerciaux entre la Chine et l’Australie. Les relèves d’équipage étaient déjà d’une grande complexité. Les différends politico-commerciaux n’aident pas. L’ITF, principale organisation syndicale des gens de mer, demandent aux armateurs d’intervenir quitte à devoir payer pour « permettre aux marins désespérés de débarquer ». 

En raison d’une brouille diplomatique entre Pékin et Canberra à propos, officiellement, des origines du coronavirus (en réalité, les tensions préexistaient bien avant les allusions peu tactiques du premier Ministre Scott Morrisson), des vraquiers chargés de charbon australien sont ancrés au large des côtes chinoises. Caofeidian, le terminal spécialisé dans le vrac situé dans la baie de Bohai (près de Tangshan dans la province d'Hebei) concentre nombre d’entre eux.

Pékin a récemment autorisé quelques déchargements pour permettre, « pour des raisons sanitaires », des changements d’équipage. Mais l’exécutif chinois n’entend pas lever les restrictions qui pèsent sur de nombreuses matières premières dont les vins et l’orge à l’exception du minerai de fer australien, dont la Chine a trop besoin pour faire tourner son outil industriel.

Des dizaines de navires sont ainsi bloqués depuis des mois, dans l’attente d’une autorisation d’amarrer. Plus d’une soixantaine, précise l’ITF. La Fédération internationale des travailleurs des transports appelle les compagnies maritimes « à payer les millions de dollars nécessaires » pour permettre aux marins bloqués à bord de mettre un pied à terre.

Fin d'une épreuve de six mois pour les marins du MSC Anastasia

Agir là où les gouvernements ont déserté 

« MSC a ouvert la voie en payant les frais et les pénalités nécessaires aux affréteurs et aux propriétaires du fret afin de faire sortir l'équipage de l'Anastasia de sa prison flottante et en déroutant le navire vers le Japon », donne en exemple Paddy Crumlin, le président de l’organisation syndicale internationale des gens de mer. « Cela sera coûteux pour les compagnies maritimes, mais il en va de la santé, la vie et des droits de l'homme ».

La direction de MSC avait indiqué que les conditions de santé de l’équipage s’était détériorée, faute de soins et d’accès à des professionnels de la santé. L’ITF indique que des hospitalisations d'urgence ont été entravées par les autorités chinoises et qu'un certain nombre de marins auraient intenté à leur vie.

Certains mavires attendent depuis huit mois, tel le MV Christine Oldendorff, au mouillage à Caofeidian depuis le 26 août 2020. Sur ce navire, 20 marins sont en service depuis plus de 18 mois. Un nombre croissant de gens de mer sont à bord depuis plus d’un an, indique l’ITF. 

« Jusqu'à ce que la Chine autorise les relèves d’équipage pour tous les marins étrangers, les compagnies maritimes ont un devoir humanitaire de préserver la vie et le bien-être des marins employés sur leurs navires », rappelle Paddy Crumlin. Les deux pays faisant passer la « politique » avant tout, alors qu’une « catastrophe humanitaire se joue à quelques kilomètres des côtes chinoises », le président de l’organisation appelle les armateurs à intervenir « là où les gouvernements ont échoué » : en déroutant leurs navires quoi qu’il en coûte donc.

A.D.

 

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