Pierre Karleskind, eurodéputé, groupe Renew Europe

Lors de la session plénière du 17 octobre, le Parlement européen doit établir sa position sur les objectifs de baisse d’émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime. Dans une tribune ouverte, publiée par Ouest-France, des eurodéputés du groupe Renew Europe appellent à favoriser les investissements vers des solutions décarbonées, comme la propulsion à la voile, les e-carburants à base d’hydrogène vert ou encore l’électrification à quai.

Pierre Karleskind, l’auteur, Catherine Chabaud, Pascal Canfin, Dominique Riquet et Christophe Grudler, les signataires, demandent dans une tribune publiée par Ouest France à ce que la décarbonation du transport maritime, « responsable de plus de 13,5 % des émissions de gaz à effet de serre du transport en Europe », passe par des investissements massifs dans des technologies zéro émissions. 

« Les décisions et les investissements d’aujourd’hui conditionnent les émissions du secteur des trente prochaines années ! », rappellent les eurodéputés du groupe Renew Europe (parti d’Emmanuel Macron) au Parlement européen (22 députés français), alors que la session plénière du 17 octobre doit figer une position sur les objectifs de baisse d’émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime. Les eurodéputés et les représentants des vingt-sept États membres mènent actuellement les négociations en vue de l'adoption définitive du paquet législatif Fit for 55, nom donné à la feuille de route climatique européenne présentée en juillet 2021 par la Commission pour réduire de 55 % par rapport à 1990 les émissions carbone au sein de l’UE.

Investir massivement dans des innovations

Favorables depuis septembre 2020 à l’intégration du secteur maritime dans le système d’échange de quotas d’émissions (SCEQE ou Emissions Trading System, ETS), les eurodéputés estiment que la création d’un « fonds océan » ne sera pas suffisant pour accompagner les entreprises vers des solutions décarbonées. Une dizaine de grandes associations maritimes européennes demandent pour leur part à ce qu’il soit abondé par les recettes tirées du marché carbone.

« Pour réussir le double pari de la modernisation de la flotte et du changement technologique des moyens de propulsion des navires, il est plus que temps (...) d’investir massivement dans les innovations technologiques ».

En clair, les eurodéputés se joignent à d’autres voix – telles que les grandes institutions mondiales –, qui se sont fait entendre dernièrement pour aller plus vite et plus loin alors que la stratégie de l’OMI, initialement arrêtée en 2018, est jugée bien peu ambitieuse en se limitant à une réduction de 50 % des gaz à effet de serre d'ici à 2050, soit à peine la moitié du niveau visé par l'Accord de Paris pour parvenir à contenir le réchauffement climatique à 1,5 °C. Les initiatives de l’Organisation sont en outre parasitées par les régulateurs européens, dont les exigences à l’égard du transport maritime sont nettement plus strictes. 

Question de souveraineté

« Le modèle économique actuel repose uniquement sur l’utilisation de carburants fossiles très polluants et importés comme le fuel lourd ou encore le GNL considéré comme un carburant de transition de court terme. Ce n’est plus tenable d’un point de vue écologique, géopolitique et économique. La guerre en Ukraine a mis en lumière les conséquences négatives de notre dépendance. La réduction de la dépendance des compagnies maritimes aux énergies fossiles doit être une priorité pour l’Europe, il en va de notre souveraineté », peut-on lire.

Pour les parlementaires, l’électrification à quai, la propulsion vélique et les carburants de synthèse (e-carburants, électro-carburants) à base d’hydrogène décarboné, sont autant de solutions « matures, disponibles et européennes ». Le secteur a besoin de clarté et de sécurité juridique pour investir dans les technologies décarbonées de demain, rappellent-ils. 

A.D.