Le nombre de conteneurs vides ayant quitté le port de Los Angeles a bondi de 43,3 % en octobre par rapport à l’an dernier. Le rapatriement du conteneur vide des États-Unis vers la Chine est devenu un enjeu.

Les volumes et les taux de fret record entre l'Extrême-Orient et la côte ouest des États-Unis (cinq fois plus élevés d'Est en Ouest que dans l'autre sens) ainsi que le déficit structurel de boîtes ont complètement désorganisé la supply chain ces dernières semaines. Le rapatriement en cadence accélérée des conteneurs vides des ports américains vers la Chine pour être à nouveau chargés est devenu un enjeu. 

Rien qu'en octobre, près de 326 000 conteneurs vides ont ainsi été expédiés en urgence. Selon le BIMCO, qui fédère les armateurs de tous les segments du fret maritime, le nombre record d'importations – 506 613 EVP en octobre, en hausse de 29 % par rapport à l'année dernière – contre une croissance modeste (+ 2,6 %) des exports (143 936 EVP), signifie que pour chaque conteneur chargé sortant, 3,5 sont entrés.

La situation se matérialise pour certains exportateurs par un refus de chargement afin de renvoyer le conteneur vide aussi vite que possible. C’est une décision rationnelle, se défend le BIMCO, qui plaide l’argument économique. « Le taux de fret spot est de 754 $/EVP de la côte ouest américaine vers l’Asie quand il flirte avec les 4 000 $  dans l’autre sens ».

Conteneurs : la pénurie fatale

Les céréaliers américains en colère

Chez certains chargeurs, cela ne passe pas. Hapag-Lloyd a provoqué la colère des expéditeurs américains de soja et autres produits agricoles en décidant, fin octobre, de suspendre unilatéralement leur chargement. Le transporteur allemand visait ainsi à pallier à une pénurie aiguë de conteneurs en Asie, les boîtes s'étant accumulées dans les entrepôts américains. La Specialty Soya and Grains Alliance (SSGA) a peu apprécié.

L’armateur allemand a maintenu son service uniquement pour les exportations agricoles américaines en proximité des portes d'entrée. Or, pour la grande majorité des expéditeurs de céréales de l’hinterland, l’impossibilité d'expédier leurs produits inquiète vivement. Ils craignent notamment que les importateurs asiatiques ne se tournent vers d'autres sources d'approvisionnement si le problème devait perdurer. Les exportations de soja se font majoritairement par vraquiers mais les conteneurs sont sollicités pour les marchés secondaires qui prennent de plus petits volumes. Selon les données du ministère américain du Commerce, 9 % des expéditions de céréales ont été transportés dans des conteneurs en 2019.

Conteneurs et reefers : à la limite du chaos

Une conjonction de facteurs

« La vigueur des importations américaines de conteneurs peut être attribuée à la forte demande des consommateurs pour les biens durables, à la reconstitution des stocks après la perturbation du début de l'année due à la pandémie, ainsi qu'à l’anticipation des fêtes », décrypte le BIMCO. Une explication également avancée par Rodolphe Saadé dans un entretien accordé au Financial Times. 

A.D.

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