Le plongeon historique du marché pétrolier en pleine pandémie de coronavirus n’a épargné aucune major au premier trimestre. Toutes ont vu leurs ratios financiers se détériorer à l’issue des trois premiers mois de l'année et annoncé des coupes sévères dans leurs investissements. La compagnie pétrolière britannique avait prévenu qu'il y aurait des suppressions d'emplois d'ici la fin de l'année.​

Le géant pétrolier britannique BP a annoncé lundi la suppression de 10 000 emplois dans le monde, soit 15 % de ses effectifs, afin de gagner en efficacité et de s'adapter à un marché pétrolier frappé par la crise sanitaire. La majorité de ces suppressions de postes interviendra d'ici la fin de l'année et concernera principalement des salariés dans les fonctions administratives, dont un tiers de hauts dirigeants, au nombre de 400 pour l'instant.

Ces annonces ont été faites par le directeur général Bernard Looney lors d'une conférence en ligne destinée au personnel de BP. Lors de la présentation des résultats trimestriels, le nouveau patron avait annoncé qu’il serait amené à prendre des mesures drastiques, au-delà des actions annoncées par ses concurrents portant notamment sur la réduction des investissements dans l’exploration pétrolière.

Le grand concurrent de Shell avait annoncé une perte de 4,4 Md$ à l’issue du premier trimestre, ainsi qu’une baisse drastique de 25 % de ses dépenses d'investissements et un programme d'économies de 2,5 Md$ d’ici 2021. Mais contrairement à Shell, le groupe avait décidé de maintenir son dividende, se privant de ce fait de marges de manœuvre financières.

La main lourde sur les objectifs verts

En février, celui qui était auparavant responsable de l’exploration et de la production avait théâtralisé sa prise de fonction à la tête de BP en promettant la « neutralité carbone » d’ici à 2050. Un contraste sachant que l’une des trois « super majors » pétrolières européennes (avec Shell et Total) reste accrochée à Deepwater Horizon, la plateforme pétrolière du golfe du Mexique qui a explosé le 20 avril 2010 engendrant un désastre écologique pour lequel elle continue de payer.

Bernard Looney avait alors eu la main lourde sur les objectifs verts, BP émettant 415 Mt de CO2 par an. Quelques jours après son intronisation, il enfonçait le clou en annonçant que son groupe allait quitter trois associations pétrolières américaines ne respectant pas les objectifs en matière de lutte contre le changement climatique. 

En 2019, la britannique a enregistré un bénéfice net réduit de moitié, à 4,03 Md$ (9,4 Md$ en 2018). Le bénéfice sous-jacent au coût de remplacement, indicateur de référence du secteur, est en recul sur un an, à 10 Md$. Le chiffre d’affaires a reculé de 7 %, à 283 Md$. 

La rédaction