Les réglementations mondiales sur les émissions des navires exigeant des investissements conséquents vont exercer une pression supplémentaire sur les bénéfices et les flux de trésorerie des entreprises. 

L’agence de notation mondiale s’attend à ce que les conditions d’exploitation des compagnies maritimes qui opèrent déjà dans un environnement ultra concurrentiel et volatile, se durcissent sous l’effet des nouvelles normes environnementales. Le transport maritime traverse actuellement des années extrêmement stratégiques en lien avec les options à prendre et les choix à opérer pour rentrer dans les clous des objectifs décidés à l’OMI sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par son activité. Il est attendu du transport maritime qu’il réduise ses émissions polluantes (notamment de CO2) d'au moins 50 % d'ici 2050 tout en réduisant son intensité carbone d'au moins 40 % d'ici 2030, et 70 % d'ici 2050 (par rapport aux niveaux de 2008). Dans la mesure où les navires ont une « durée de vie économique utile » de vingt à trente ans, l'horizon 2050 est bien à l’échelle d’une vie de navire. 

« Le transport maritime - tout comme les compagnies aériennes et le fret routier - est un secteur difficile à décarboner en raison de la longue durée de vie de ses actifs, de sa forte dépendance énergétique et du nombre limité d'alternatives viables », explique Fitch Ratings. Les compagnies hésitent en effet à s'engager dans de lourds investissements alors que les technologies ne sont pas encore éprouvées, qu’elles émergent à peine (hydrogène et ammoniac) et que le secteur est régi par des marges contraintes et des amortissements d’actifs au long cours, allongeant de facto le retour sur investissement.

Concurrence féroce et peu de marges

« La transition énergétique est susceptible d'ajouter des pressions sur les bénéfices et les flux de trésorerie des expéditeurs. Ils devront augmenter leurs dépenses d'investissement pour acheter de nouveaux navires alimentés par des carburants alternatifs. En outre, les transporteurs sont susceptibles de subir des coûts de carburant plus élevés au cours des premières étapes de l'adoption de nouvelles technologies. En particulier si les carburants alternatifs ne sont pas facilement disponibles au niveau mondial, ce qui entraîne une inefficacité opérationnelle », promet l’agence de crédit.

Fitch Ratings anticipe en réalité l’introduction à laquelle n’échappera plus le secteur d’un mécanisme d'échange ou de compensation du carbone, similaire au système d'échange de quotas d'émission de l'UE ou à celui opérant pour l'aviation internationale qui ne sera pas sans impact sur les bilans d’exploitation des entreprises. « Nous nous attendons à ce que la concurrence dans le secteur reste féroce, ce qui laisse peu de marge aux compagnies pour répercuter l'augmentation des coûts sur les clients. Toutefois, nous prévoyons que ces changements auront lieu en dehors de notre horizon de notation », assure Fitch. 

La rédaction