Le chimiquier Davide B a été abordé par des pirates dans le Golfe de Guinée, au large de la côte ouest de l'Afrique. Un énième événement dans cette région devenue la plus dangereuse au monde.

Ces derniers mois, les attaques se sont multiplié le long de la côte ouest africaine. Plusieurs navires ont fait l’objet d’attaques, parfois violentes, dans cette région qui est actuellement la plus dangereuse au monde pour le transport maritime. Cette fois, a annoncé le gestionnaire de navires néerlandais Poli Shipmanagement le 11 mars, c’est le chimiquer Davide B, qui en a fait les frais le 10 mars vers 15.00, GMT. Le navire (construit en 2016) battant pavillon maltais, opère sur la route entre Riga en Lettonie et Lagos au Nigeria.

Selon le Maritime Domain Awareness for Trade-Gulf of Guinea (MDAT-GoG), un centre de coopération entre la Royal Navy (UKMTO) et la Marine française (MICA-Center), le navire se trouvait à 370 km au sud de Lagos, au Nigeria, lorsqu’il a été abordé et arraisonné par neuf intrus armés. Les données AIS indiquent que le navire a d’abord ralenti sa vitesse de 11 noeuds à moins de 3 nœuds avant que le signal ne s'éteigne.

Lorsqu’un patrouilleur de la marine nigériane a pu rejoindre le navire, seuls six des 21 membres d'équipage, composé de ressortissants ukrainiens, roumains et philippins, étaient encore à bord. Les autres marins auraient fait l’objet d’une demande de rançon. « La priorité est désormais d’établir le contact avec l’équipage disparu afin d’assurer sa libération », a indiqué le gestionnaire du navire.

Fin janvier, le porte-conteneurs MV Mozart avait été pris d’assaut dans des conditions similaires, causant la mort d’un marin et la prise d’otage de 15 des 19 membres d’équipage.

Priorité, l’équipage

Selon la société de sécurité maritime Dryad Global, l'attaque a eu lieu dans une zone « particulièrement vulnérable car hors de la zone d'action des forces de sécurité régionales. En 2020, cinq incidents, y compris des enlèvements, se sont produits dans un rayon de 55 km autour de l'incident signalé ». 

Le Nigeria, puissance régionale, s’est positionnée en tant que chef de file sur cette problématique. Il a pris ces derniers moins plusieurs initiatives, armé d’un plan d’action de 195 M$. Le programme Deep Blue vise à renforcer les capacités de sa marine nationale avec de nouveaux moyens d’intervention tels des hélicoptères, des drones et des vedettes rapides. Le pays a également légiféré en promulguant une loi antipiraterie, la première du genre dans la région.

95 % des prises d’otages

Bordé par 6 500 km de côtes, qui s'étend du Sénégal à l'Angola, le golfe de Guinée est l'une des principales voies de transit du pétrole du delta du Niger et des biens de consommation à destination et en provenance de l'Afrique centrale et occidentale. Chaque année, plus de 20 000 navires y croisent. 

L’an dernier, le golfe de Guinée a représenté plus de 95 % du total des prises d’otages recensées par l’IBM avec 130 cas au cours de 22 incidents distincts. Depuis 2019, cette région inhospitalière a connu une augmentation sans précédent du nombre d'enlèvements en concentrant 25 % du total mondial. Rien qu'au cours du dernier trimestre de 2019, 39 membres d'équipage avaient été kidnappés, avec usage d’armes à feu pour 80 %. Les trois détournements de navires et neuf des onze navires qui ont fait l’objet d’attaques avec armes à feu en 2020 concernaient cette région.

A.D.

Golfe de Guinée : l’UE s’attelle à la sûreté maritime

Piraterie : les actes d'enlèvement se multiplient dans le golfe de Guinée