Le pays rejoint le cercle des États, toujours plus nombreux, à interdire les dispositifs d’épuration des gaz d’échappement à boucle ouverte en raison de leurs rejets dans les eaux.

Le rejet en sulfures dans les eaux territoriales de la Turquie ne seront plus possibles, a annoncé le ministère turc de l'Environnement et de l'Urbanisation. « Il est interdit de déverser des ordures, du pétrole et des dérivés du pétrole, ainsi que des eaux de cale contaminées, des eaux de ballast sales, des boues, des résidus, des huiles et des déchets solides et liquides similaires, et tous les types de déchets de cargaison des navires dans les eaux relevant de la souveraineté de la Turquie », notifie l'avis. En conséquence, les navires équipés d’un circuit ouvert devront passer à des carburants conformes lorsqu'ils entreront dans les eaux turques.

OMI : Les scrubbers animent les séances

Deux fois plus de navires équipés

Les interdictions, toujours plus nombreuses, de l’usage des scrubbers en open loop (circuit ouvert) sont motivées par plusieurs études avérant que les eaux ainsi rejetées par ces dispositifs contiennent des métaux lourds et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), ce qui pourrait présenter un risque pour la vie marine. Depuis le 1er janvier 2020, le nombre de navires équipés d’EGCS a pour autant doublé, passant de 2 011 navires à 3 935 au 1er mars 2021, selon les données de BIMCO. Pour rappel, les scrubbers permettent aux navires de continuer à utiliser un fuel à 3,5 % de soufre si et seulement si les moteurs sont équipés de ces pots catalytiques géants.

L’UE recommande l’abandon progressif

Or, si les circuits fermés sont tolérés mais complexes à mettre en oeuvre car il faut stocker les déchets à bord et les faire traiter dans une filière spécifique à terre, les boucles ouvertes font figure d’épouvantail pour des ONG environnementales. Un scrubber en circuit ouvert utilise l'eau de mer comme moyen de nettoyage ou d'épuration des gaz d'échappement. L'eau de mer est normalement fournie par une pompe dédiée. Le CO2 se dissout dans l'eau de mer en formant des ions d'acide carbonique, de bicarbonate ou de carbonate, selon le pH.

La Clean Shipping Alliance, qui défend les intérêts des fabricants, a produit pour sa part des contre-études démontrant l’absence de nocivité. Le lobby industriel a d’ailleurs exprimé son regret à l’annonce de la décision turque. « Nous comprenons que l'article 23 du règlement vise à protéger contre l'élimination des déchets liquides ou solides des navires et de leurs cargaisons, a commenté le capitaine Mike Kaczmarek, président de la Clean Shipping Alliance. Mais contrairement aux exemples clairs du règlement, les eaux de lavage des systèmes d'épuration ne doivent pas être interprétées comme une forme de pollution marine. Ces systèmes sont utilisés depuis des décennies et il n'y a absolument aucune preuve d'un quelconque impact négatif sur la vie marine ou la qualité de l'eau de mer, que ce soit en eaux libres ou dans les environnements portuaires. »

La Chine, l'Arabie saoudite, Singapour et de nombreux ports et régions d'Europe ont d’ores et déjà interdit leur usage. L'année dernière, la commission de l'Environnement du Parlement européen a recommandé un abandon progressif tandis qu’à l’OMI les séances à ce sujet sont toujours très animées.

A.D.