Après deux saisons maussades en 2020 et 2021, la compagnie bretonne de ferries entrevoit une raie de lumière au bout du tunnel. Elle fait état pour l’été 2022 d’une hausse des réservations de 48 % par rapport à celles réalisées en octobre 2019 pour la saison 2020. 

Après avoir sillonné pendant près de deux ans dans un environnement brouillé, Brittany Ferries voit de la lumière au bout du tunnel. Comme la plupart des compagnies opérant sur le segment du transport passagers et sur le marché transmanche, Brittany Ferries a vécu des mois difficiles suite aux saisons sans fin en amont de la sortie du Royaume-Uni de l’UE et des va-et-vient du Covid. Ces derniers temps, l’horizon se dégage. Ses alertes ont fini par trouver des récepteurs. Les réponses qui lui sont apportées devraient conforter ses fondamentaux et sécuriser son modèle économique. L’entreprise, dont 80 % du chiffre d’affaires reposent sur le transport de passagers et la clientèle britannique, est le premier employeur de marins français.

Le 23 septembre, la Commission européenne avait estimé à 61,2 M€ le préjudice subi par la compagnie transmanche française. Le gouvernement français a annoncé le 24 octobre qu’il allait lui accorder une subvention de 45 M€ tout en engageant les démarches pour qu’elle puisse être prise en charge par la réserve d’ajustement Brexit, un fonds destiné à aider les États membres à faire face aux effets négatifs du Brexit auquel le Conseil européen a donné en septembre son approbation définitive, premier étape du cheminement législatif.

 Doté d'une enveloppe de 5 Md€*, il soutiendra les « régions, les secteurs et les communautés les plus durement touchés afin de leur permettre de couvrir des coûts supplémentaires, de compenser des pertes ou de pallier d'autres effets économiques et sociaux défavorables résultant directement du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne », indique le descriptif européen du dispositif.

Le soutien de l’État français, autorisé par Bruxelles, comprend en outre l’abandon de la créance ADEME (10 M€) et la subvention de la région Bretagne (6 M€).

190 000 réservations

La compagnie bretonne de ferries annonce, pour sa part, « une amorce de reprise de l'activité passagers pour l’été 2022 ». Elle a enregistré, le mois dernier, près 190 000 réservations, soit une hausse de 48 % au global par rapport à celles réalisées en octobre 2019 pour la saison 2020. Les prises de position depuis le Royaume-Uni vers la France affichent une augmentation de 40 %, de 35 % du Royaume-Uni vers l’Espagne et de 234 % sur le marché France-Irlande, devenu ultra-statégique alors que la Grande-Bretagne s’apprête à mettra en place une frontière physique. Il est désormais plus direct de passer par la mer pour desservir la République d'Irlande. Toutes les compagnies opérant sur le transmanche y déploient actuellement des services.   

Les saisons 2020 et 2021 s’étaient soldées par des trafics alarmants pour la société avec 235 000 et 245 000 voyageurs accueillis au lieu des 982 000 passagers habituels.

Brittany Ferries sort de la crise sanitaire lestée d’une dette de 220 M€, pour avoir souscrit au Prêt Garanti par l’État (PGE) au maximum des possibilités, soit 117 M€ auprès de 12 banques, et auprès de la BPI à hauteur de 5 M€. Les régions Normandie et Bretagne ont dégagé 85 M€ en avances qu’il lui faudra rembourser à partir de 2026.  Le comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) s’était autosaisi de son dossier le 3 septembre 2020.

Adeline Descamps

* Le montant le plus élevé (4,5 M$) est réparti en fonction de l'importance des échanges avec le Royaume-Uni, 656 M€ sont alloués selon l'importance de la pêche dans la zone économique exclusive du Royaume-Uni, et 273 millions répartis en fonction de l'importance des relations de voisinage pour les régions frontalières maritimes au Royaume-Uni.

Photo : Brittany Ferries