La Fédération internationale des ouvriers du transport a récupéré 45 M$ de salaires dus aux marins l’année dernière. Dans le même temps, le nombre d'abandons de navires signalés a plus que doublé, passant de 40  à 85 entre 2019 et 2020.

44 613 880 $ exactement. C’est la somme consolidée des salaires dus – rémunérations, primes et droits –, que n’avaient pas perçue les marins mais qui a été récupérée par les inspecteurs de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF).

La somme est impressionnante. « Elle s’explique par les difficultés rencontrées par nos inspecteurs pour monter à bord des navires en raison des restrictions sanitaires imposées par les autorités médicales et portuaires des pays », explique le coordinateur de l'Inspectorat de l'ITF, Steve Trowsdale, qui dirige un réseau de 134 agents de l'ITF dédiés à cette tâche. Les inspecteurs de l'ITF procèdent régulièrement à des inspections afin de s'assurer de la santé et de la sécurité de l'équipage et du respect de leurs droits. 

Coûts liés à la relève d’équipage

« La pandémie s'est avérée véritablement difficile pour certains armateurs qui ont eu du mal à payer des vols de rapatriement plus coûteux que ceux auxquels ils étaient habitués pour ramener les marins chez eux en plus des frais liés aux quarantaines. Mais les difficultés financières rencontrées par les entreprises ne sont pas une raison pour suspendre le paiement des salaires ou ne pas respecter les droits de l'homme des marins », rappelle Steve Trowsdale.

La relève des marins a été le grand sujet de l’année pandémique et est toujours une grande préoccupation (pour les parties prenantes) alors que la mission en mer de nombre de marins a largement dépassé le temps légal de onze mois si bien que les armateurs se trouvent en défaut du respect de la Convention du travail maritime (2006, telle que modifiée). La situation est compliquée du fait des restrictions sanitaires et de leurs conséquences en termes de mobilité (trafic aérien limité, quarantaines...) dont les marins ont fait les frais. 

6 000 cas de navires abandonnés

Outre le recouvrement des salaires, l’ITF a identifié 6 000 navires arraisonnés. « Les abandons n'ont jamais été aussi nombreux et les cas officiellement signalés et enregistrés par l'OMI ne sont que la partie émergée de l'iceberg », indique-t-elle. La quantité de navires inscrits dans la base de données internationale sur les abandons est passé de 34 en 2018, à 40 en 2019, pour atteindre le chiffre record de 85 en 2020.

Parmi les cas très médiatisés figure celui de Mohammad Aisha, capitaine qui a été fait tuteur légal du MV Aman battant pavillon de Bharani. Le marin syrien a été contraint de vivre sur le navire abandonné pendant quatre ans tandis que les autorités égyptiennes tentaient de le vendre pour payer les dettes des propriétaires. En mai 2021, après quatre mois d’interventions de l’ITF, l’homme a pu rentrer chez lui. 

La rédaction