Le port d'Anvers s'est associé à l'université de la ville pour éprouver une technologie qui s'inspire de la façon dont les chauves-souris appréhendent leur environnement, l’écholocation. Le biomimétisme est une tendance de ces dernières années. Elle a largement inspiré l’industrie aéronautique.

La navigation automatisée est l'avenir de la navigation intérieure, affirme le deuxième port européen, dont près de la moitié (42 %) des marchandises entrant ou sortant transitent par les voies navigables intérieures. Autant dire crucial dont pour son accessibilité. Le port flamand considère que les navires sans équipage peuvent répondre à certaines de ses problématiques, notamment la congestion croissance du trafic et à l'augmentation des coûts du transport routier. « Les navires intelligents ont certainement un rôle à jouer dans l'approche de transport multimodal que le port d'Anvers veut développer davantage. »

L’intérêt de la technologie développée par le CoSys-Lab, un groupe de recherche de la faculté d'ingénierie appliquée de l’université d’Anvers UAntwerp, réside dans des systèmes de capteurs avancés qui peuvent résister à des conditions difficiles. « Pour parvenir à une navigation totalement autonome, il est absolument essentiel de surveiller en permanence l’environnement du navire, explique le professeur Jan Steckel. Les caméras peuvent être utilisées mais lorsque la visibilité est mauvaise – à cause de la poussière, des projections d'eau, de la boue, de la fumée ou du brouillard – elles ne fonctionnent pas correctement. » Etant entendu qu’à la différence des caméras, les capteurs 3D restent pleinement fonctionnels et peuvent fournir une image fiable des environs du navire à un faible coût.

Un capteur équipé de 32 microphones

« Nous nous sommes inspirés de la façon dont les chauves-souris utilisent l'écholocation. Elles émettent des ondes sonores, et lorsqu’elles frappent des objets, les chauves-souris entendent les échos de ces collisions, ce qui leur permet d'éviter parfaitement les obstacles. » L’écholocation, également appelée echolocalisation, consiste à envoyer des sons et à écouter leur écho pour localiser, et dans une moindre mesure identifier, les éléments d'un environnement. Elle est utilisée par les chauves-souris mais aussi par des cétacés. Artificiellement, elle peut être reproduite par un sonar, technologie dont le CoSys-Lab est un des spécialistes mondiaux. Elle fait notamment l’objet d’expérimentation dans l'industrie minière, des camions équipés de ces capteurs pourraient alors se déplacer automatiquement d'un point A à un point B.

Pour le port d'Anvers, les chercheurs ont développé un capteur sonar 3D avec 32 microphones sophistiqués et étanches. Le projet s'appelle eRTIS (embedded Real Time Imaging Sonar). Fin 2020, la technologie a été testée « avec succès » sur le Tuimelaar, l'un des navires d'essai du port d'Anvers. En 2021, dans le cadre du Smart Docking Innovation Challenge, Anvers a donné le feu vert au projet de sonar 3D pour pousser plus loin l’expérimentation.

La rédaction

©Photo : Antwerp port