Sous l’injonction de Moscou, le premier groupe pétrolier russe Rosneft doit présenter d'ici mars un projet de livraison de gaz à l'Europe, un monopole pourtant détenu par le grand producteur de gaz et compatriote Gazprom.

Dans un contexte de demande accrue sur le Vieux continent, de flambée des prix et de crainte de rupture d’approvisionnement, le président russe Vladimir Poutine a demandé à Rosneft et Gazprom de soumettre d'ici mars 2022 une proposition portant sur la livraison de dix milliards de m3 de gaz, selon l'agence russe Intefax.

Rosneft (le britannique BP est actionnaire à près de 20 %), dont le patron Igor Setchine est un proche de Vladimir Poutine, sollicite depuis quelque temps déjà la levée du monopole de Gazprom sur les livraisons de gaz par gazoduc à l'Europe. Son insistance a redoublé, espérant profiter de la flambée des prix du gaz.

Dépendance à l’égard de la Russie

Un tiers du gaz de l’Europe provient de la Russie. Le sujet a été source de tensions et a crispé les diplomaties début octobre. L’UE, soutenue ardemment par les États-Unis, avait alors accusé Moscou de ne pas ouvrir suffisamment les vannes afin d’obtenir la mise en service de son gazoduc Nord Stream 2, controversé mais achevé. Ce que démentait Gazprom assurant avoir rempli le contrat d’approvisionnement avec le Vieux continent. Selon Moscou, les Européens auraient privilégié un peu trop les achats de gaz au comptant (c’est-à-dire des paiements au jour le jour au prix coûtant) au détriment des contrats long terme, qui les auraient liés avec Moscou pendant plusieurs années.

Ouvrir les gazoducs de Gazprom à Rosneft permettrait à la Russie de se conformer aux directives européennes sur l'énergie, selon lesquelles les fournisseurs de l'Europe ne peuvent contrôler à la fois les produits livrés et l'infrastructure de livraison. Un obstacle pour Gazprom, qui attend notamment le feu vert allemand pour la mise en service de son gazoduc controversé Nord Stream 2.

A.D.

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